Réponse courte
Les investisseurs ont réagi moins aux ventes qu’à l’argent : Alphabet et Amazon ont annoncé une forte croissance infonuagique, mais leurs dépenses en centres de données et en puces ont dépassé l’argent généré par leurs activités, et Intel a donné des prévisions faibles. Le vendredi 30 octobre, le Nasdaq a reculé de 2,9 %, sa plus forte baisse en pourcentage sur une journée depuis le 5 juin.
Question de suivi Quels chiffres surveiller ensuite?
Cette semaine, plusieurs des plus grands acheteurs d’infrastructure d’IA ont publié leurs résultats. Sur papier, bien des nouvelles semblaient très bonnes. Les revenus de Google Cloud ont à peu près doublé, et Azure et Amazon Web Services ont tous deux crû rapidement. Pourtant, à la clôture de vendredi, le Nasdaq Composite était à 7,8 % sous son sommet de clôture du 6 octobre, et le principal indice des fabricants de puces avait perdu plus de 15 % sur le mois, rapporte Reuters.
L’explication tient à deux termes que la plupart des nouvelles sur l’IA passent sous silence. Voici ce qui s’est passé, dans l’ordre, et comment le lire. Cet article explique l’actualité; il ne recommande ni d’acheter ni de vendre quoi que ce soit.
Quels sont les deux chiffres qui ont marqué la semaine?
Les dépenses en immobilisations (capital expenditure ou capex) sont de l’argent dépensé pour des biens durables, comme des centres de données, des serveurs et des puces. La dépense se fait maintenant, et le revenu est attendu sur des années.
Les flux de trésorerie disponibles (free cash flow) sont l’argent qui reste après cette dépense : l’argent généré par les activités, moins les immobilisations. Une entreprise peut déclarer un gros profit comptable et avoir quand même des flux disponibles négatifs, parce que la comptabilité étale le coût d’un serveur sur plusieurs années alors que le compte de banque paie tout de suite.
| Entreprise (trimestre terminé le 30 sept.) | Croissance infonuagique | Argent généré par les activités | Immobilisations | Flux disponibles |
|---|---|---|---|---|
| Alphabet | Google Cloud +103 %, à 30,7 G$ US | 42,3 G$ US | 51,4 G$ US | (9,1 G$ US) |
| Amazon | AWS +39 %, à 46,0 G$ US | 42,4 G$ US | 77,3 G$ US | (42,4 G$ US) sur 12 mois |
| Microsoft | Azure +48 % | 58,0 G$ US | 39,4 G$ US en argent | Environ 18,6 G$ US |
| Meta (résultats du 21 oct.) | Pas d’activité infonuagique | 32,8 G$ US | 34,9 G$ US | (2,1 G$ US) |
Les définitions varient, alors ces lignes ne sont pas parfaitement comparables. L’état des flux de trésorerie de Microsoft indique 39,4 milliards $ US, et CNBC rapporte 45,2 milliards $ US en incluant les contrats de location-financement. Le flux disponible de Microsoft est notre soustraction, et Amazon déclare le sien sur 12 mois, après les produits de vente. Les communiqués de Microsoft et de Meta sont des documents publics.
Comment la semaine s’est-elle déroulée?
Lundi 26 octobre. Anthropic a déposé son dossier d’entrée en Bourse, un rare regard à l’intérieur d’un grand laboratoire d’IA, avec une croissance très rapide des revenus et de lourdes pertes.
Mercredi 28 octobre. Alphabet et Microsoft ont publié leurs résultats après la fermeture du marché. Les immobilisations d’Alphabet ont plus que doublé en un an, et c’était son deuxième trimestre de suite avec des flux disponibles négatifs. Lors de sa conférence sur les résultats, Alphabet a dit qu’un paiement de 5,2 milliards $ US pour une amende européenne et une hausse des stocks avaient aussi pesé, et qu’elle s’attend à une forte hausse des immobilisations en 2027, à partir d’une fourchette de 195 à 205 milliards $ US en 2026. Microsoft vise plus de 50 milliards $ US d’immobilisations au prochain trimestre, mais l’argent généré par ses activités a largement couvert la facture de ce trimestre.
Jeudi 29 octobre. L’action d’Alphabet a reculé d’environ 13 %, selon Morningstar, tandis que celle de Microsoft montait en matinée. Des dépenses élevées des deux côtés, des réactions opposées : la couverture par l’argent généré semble avoir beaucoup pesé, tout comme un bénéfice décevant chez Alphabet. Après la fermeture, Amazon et Intel ont publié leurs résultats.
Vendredi 30 octobre. Amazon a raté les attentes, selon Morningstar, tout en maintenant sa prévision d’immobilisations pour 2026 à environ 220 milliards $ US. Ses flux disponibles sur 12 mois sont passés d’une entrée de 14,8 milliards $ US un an plus tôt à une sortie de 42,4 milliards $ US. Intel a prévu des revenus de 15 à 16 milliards $ US au quatrième trimestre, ce qui, selon Morningstar, est sous une estimation d’environ 17 milliards $ US. Le trimestre d’Intel a dépassé ses propres prévisions et son PDG a évoqué des vents contraires du côté des PC, alors ce n’était pas seulement une histoire d’IA. Les sources divergent sur l’ampleur de sa chute : 28,6 % selon Reuters, 31 % selon Morningstar.
Les dégâts se sont étendus le long de la chaîne d’approvisionnement :
| Action ou indice | Vendredi 30 octobre |
|---|---|
| Nasdaq Composite | -2,86 %, à 25 437 |
| S&P 500 | -1,82 %, à 7 580 |
| Indice des fabricants de puces | -7,2 % |
| Nvidia | -4,2 % |
| AMD | -10,9 % |
| Dell / HP | -10,8 % / -9,6 % |
| Amazon | -5,6 %, selon Morningstar |
Quelle question les investisseurs semblent-ils poser?
Oliver Pursche, de Wealthspire Advisors, a dit à Reuters que la semaine portait sur l’avenir de l’IA : y aura-t-il un rendement positif sur l’investissement, et à quelle vitesse? C’est la question centrale. Un centre de données construit aujourd’hui doit rembourser son coût sur des années.
Deux lectures sont raisonnables :
- L’inquiète : les entreprises dépensent avant d’avoir la preuve du rendement, et certaines recueillent de l’argent à l’extérieur pour le faire.
- La rassurée : les ventes infonuagiques croissent à un rythme remarquable, la directrice financière de Microsoft dit que la demande dépasse encore l’offre, et il faut bâtir la capacité avant de pouvoir la vendre. Les bénéfices de l’ensemble du S&P 500 devraient croître de 31,6 % pour le trimestre, selon des données de LSEG citées par Reuters.
Une semaine de cours ne peut pas trancher. Une chute brutale ne prouve pas une bulle, pas plus qu’un sommet historique ne prouve le contraire.
À essayer : choisissez une entreprise ci-dessus et trouvez son plus récent communiqué de résultats. Cherchez « operating activities » et « property and equipment », puis soustrayez le second du premier. Vous venez de calculer un flux de trésorerie disponible approximatif.
Quels chiffres surveiller ensuite?
Trois chiffres simples. D’abord, les immobilisations par rapport à l’argent généré par les activités : quand les premières dépassent le second, l’entreprise doit combler l’écart avec ses réserves, de la dette ou de nouvelles actions. Alphabet a par exemple déclaré une vente d’actions pendant le trimestre. Ensuite, la croissance infonuagique par rapport à celle des immobilisations, qui montre si la dépense se transforme en ventes. Enfin, ce que les entreprises disent de l’an prochain : Alphabet a annoncé une forte hausse, et CNBC rapporte que Microsoft vise 170 milliards $ US pour l’année civile 2027.
Meta a resserré sa fourchette d’immobilisations pour 2026 à 135 à 145 milliards $ US. De tels changements indiquent ce que les entreprises prévoient de faire, ce qui en dit souvent plus que l’humeur des courtiers un vendredi.
Sources
- Wall Street closes sharply lower as AI cash burn fears spark tech selloff — Reuters, via Yahoo Finance, 30 octobre 2026
- Alphabet Q3 2026 earnings release (Exhibit 99.1) — Alphabet / U.S. SEC, 28 octobre 2026
- Amazon Q3 2026 results (Exhibit 99.1) — Amazon / U.S. SEC, 29 octobre 2026
Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/pourquoi-actions-ia-ont-recule-depenses-octobre-2026/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.