L’essor de l’IA

Que contient L’IA pour tous, la stratégie nationale du Canada en IA?

Écrit en date du · Publié le · Par Robert Scales, avec l’aide d’outils d’IA · 6 min de lecture

Réponse courte

L’IA pour tous est la stratégie nationale publiée par Ottawa le 4 juin 2026, fondée sur six piliers qui vont de la protection des Canadiens à la croissance des entreprises d’ici. Elle vise à accélérer l’adoption de l’IA tout en bâtissant un calcul souverain au pays, et les premières réactions vont de l’enthousiasme à la critique sévère.

Le gouvernement fédéral a publié sa stratégie nationale en IA, L’IA pour tous, le 4 juin 2026. Son diagnostic est franc : le Canada compte d’excellents chercheurs et plus de 3 500 entreprises actives en IA, mais il tire de l’arrière sur l’adoption et dépend de fournisseurs étrangers à plusieurs étages clés. Sa thèse centrale est que la confiance, les possibilités et la souveraineté, ensemble, amèneront les Canadiens à utiliser l’IA selon leurs propres conditions.

Le document est long, et beaucoup de détails dépendent de budgets et de lois à venir. Voici ce qu’il dit, ce à quoi il s’engage et où en sont les premières réactions.

Les six piliers

PilierEn mots simplesUn élément concret
1. Protéger les Canadiens et la démocratieSécurité, vie privée et confianceRenforcer les institutions de sécurité et les protections numériques
2. Donner des moyens aux CanadiensCompétences et littératie en IADes programmes pour aider les gens à utiliser l’IA
3. Stimuler l’adoption pour une prospérité partagéeAmener les entreprises à utiliser l’IAUn programme de missions en IA de 200 millions de dollars, à commencer par la santé
4. Bâtir les fondations d’une IA souveraineCalcul et talents au paysUn superordinateur public de calibre mondial
5. Faire croître les champions canadiensCapitaux et achats publicsUn Fonds canadien de croissance technologique de 500 millions de dollars
6. Partenariats de confiance et alliances mondialesTravailler avec des alliésNormes communes et investissements conjoints

La souveraineté : « bâtir, s’associer, acheter »

La partie la plus marquante décrit l’IA comme une chaîne de valeur : énergie, puces, calcul, modèles et applications. Elle affirme que le Canada est présent à chaque étage, mais qu’il a de réelles dépendances à plusieurs. La fabrication des puces graphiques se fait presque entièrement à l’étranger. Le calcul souverain est dit « naissant », et l’offre de centres de données et d’infonuagique appartient surtout à des propriétaires étrangers.

La réponse n’est pas de tout construire. Le Canada bâtira des capacités clés quand il le peut, s’associera à des alliés de confiance et achètera quand c’est plus sensé. Pour le calcul, les chiffres donnent une idée de l’échelle :

  • Une analyse citée par la stratégie indique que les acteurs commerciaux canadiens auront besoin de 5,5 gigawatts de calcul d’IA d’ici 2030. Un gigawatt vaut mille mégawatts.
  • La stratégie s’attend à ce qu’une grande partie vienne d’hyperscalers étrangers, les géants de l’infonuagique, et dit que ces investissements restent bienvenus s’ils profitent aux Canadiens.
  • En parallèle, des partenariats encore en voie d’être conclus proposent 850 mégawatts de capacité souveraine d’ici 2030, extensibles jusqu’à 2,3 gigawatts.
  • Un montant additionnel de 700 millions de dollars rendrait le calcul canadien plus abordable pour les PME.

Faisons le calcul : les 850 mégawatts proposés représentent environ 15 % de ces 5,5 gigawatts, et 2,3 gigawatts environ 42 %. Même à pleine échelle, la part souveraine resterait donc minoritaire dans la demande commerciale prévue, ce qui concorde avec la logique de la stratégie, qui mêle offre souveraine et offre étrangère.

La stratégie ajoute que cette infrastructure doit être exploitée sous contrôle et selon le droit canadiens, et non sur des plateformes qu’un gouvernement étranger pourrait restreindre ou retirer. Cette phrase place la barre plus haut que le simple emplacement des données, et elle sera un bon critère pour juger les projets à venir.

Prendre des participations dans des entreprises

Le pilier 5 marque un virage de la politique fédérale. La stratégie cite la France, le Japon et les États-Unis comme modèles, et dit qu’Ottawa devrait devenir actionnaire de ses plus solides entreprises technologiques. Le Fonds de 500 millions de dollars fournirait des capitaux de croissance et permettrait parfois à Ottawa de devenir actionnaire d’entreprises d’IA prometteuses. Le gouvernement agirait aussi comme « client d’ancrage stratégique », c’est-à-dire un gros acheteur fiable dont les contrats aident une jeune entreprise à lever plus d’argent.

Ce que les gens en disent

Les réactions sont arrivées en quelques heures. Mila, l’institut québécois d’IA, a accueilli le plan avec enthousiasme. Sa présidente et cheffe de la direction, Valérie Pisano, a dit qu’il reflète des valeurs que l’institut défend depuis longtemps, dont l’attention à la pertinence culturelle et linguistique, et a réclamé une mise en œuvre rapide.

The Walrus a demandé à des chercheurs, à des entrepreneurs et à des analystes de réagir, et plusieurs ont été plus durs :

  • Blair Attard-Frost, de l’Université de l’Alberta, juge le cadre réglementaire largement volontaire. Sa réponse cite un sondage Ipsos selon lequel 67 % des Canadiens sont nerveux devant l’IA.
  • Maroussia Lévesque, chercheuse en gouvernance de l’IA à la faculté de droit de Harvard, salue les plans sur les talents et les alliances, mais estime que la vision du calcul copie le modèle américain (« copies the American model »). Elle propose plutôt des modèles plus petits et ciblés, dans des centres de données locaux.
  • Vass Bednar, du Canadian Shield Institute, dit qu’une approche de souveraineté numérique fixerait dès le départ des règles sur les données, les achats publics et le calcul, pour que l’adoption bâtisse une capacité canadienne.
  • Fenwick McKelvey voit une contradiction dans des centres de calcul souverains remplis de matériel américain faisant tourner des logiciels américains.
  • Danica Pawlick-Potts note qu’une bonne partie de l’infrastructure s’élèvera sur des terres visées par des traités, alors que les droits et la souveraineté des peuples autochtones sont absents de la discussion sur la souveraineté.
  • Sheldon Fernandez, ancien PDG de DarwinAI, salue le diagnostic, mais trouve le document pauvre en détails.

Ces réponses ont un jour, et The Walrus a choisi son groupe pour une lecture critique : elles ne mesurent donc pas l’opinion générale. Elles montrent toutefois où ira la suite du débat : des règles volontaires suffisent-elles, qu’exige le mot « souverain » et à qui cela profite-t-il?

À essayer : choisissez une phrase de la stratégie qui promet quelque chose, comme le superordinateur public. Notez ce qui compterait comme une réalisation, qui en est responsable et la date donnée. Revenez-y dans un an.

Qu’est-ce que L’IA pour tous change pour vous en ce moment?

Très peu de choses aujourd’hui. Une stratégie fixe une direction, et rien dans celle-ci ne change les outils que vous pouvez utiliser ni n’ajoute d’obligation légale à votre milieu de travail. Plusieurs engagements dépendent de budgets et de lois à venir, et les partenariats sur le calcul ne sont pas définitifs.

Si vous dirigez une petite entreprise, surveillez le Fonds d’accès au calcul élargi et les programmes d’adoption, car ces volets vous visent directement. Si vous travaillez en santé, attendez-vous à plus d’activité, puisque la stratégie fait de la santé une priorité précoce pour l’adoption et les plateformes de données. Si vous travaillez en français, retenez la promesse que l’IA utilisée au gouvernement fédéral fonctionnera aussi bien en français qu’en anglais, un test concret que vous pourrez vérifier vous-même.

Surtout, la stratégie vous donne un vocabulaire pour poser des questions. Quand un fournisseur ou un politicien dit « souverain », vous pouvez demander de quel étage de la chaîne il parle : l’énergie, les puces, le calcul, le modèle ou l’application.

Sources

  1. Canada's National Artificial Intelligence Strategy: AI for All — Innovation, Science and Economic Development Canada, 4 juin 2026
  2. Canada Finally Has a National AI Strategy. Experts Hate It — The Walrus, 5 juin 2026
  3. Canada's National AI Strategy: Mila Welcomes an Ambitious Vision — Mila, 4 juin 2026

Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/strategie-nationale-ia-pour-tous-canada/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.

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