L’essor de l’IA

Pourquoi l’Arabie saoudite et les Émirats construisent-ils tant d’IA, et à quel point est-ce souverain?

Écrit en date du · Publié le · Par Robert Scales, avec l’aide d’outils d’IA · 6 min de lecture

Réponse courte

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis misent sur la richesse pétrolière, les terrains et l’énergie bon marché pour devenir des plaques tournantes de l’IA, au moyen d’entreprises soutenues par l’État, Humain et G42. Leur accès aux meilleures puces dépend de l’approbation de Washington et de leur distance avec la Chine, et les frappes iraniennes contre des centres de données en 2026 ont révélé un risque physique que peu de gens avaient chiffré.

Deux États du Golfe ont fait certains des paris les plus audacieux au monde en IA. L’Arabie saoudite a lancé Humain en mai 2025, une entreprise détenue par son Fonds public d’investissement et présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Les Émirats ont G42, leur principale entreprise d’IA, et un campus prévu de 5 gigawatts à Abou Dhabi. Il abrite Stargate UAE, une grappe de 1 gigawatt annoncée en mai 2025, que G42 doit construire et qu’OpenAI et Oracle doivent exploiter, avec la participation de Nvidia, de SoftBank Group et de Cisco.

Leur logique diffère de celle du Canada ou de l’Europe. Ces régions veulent moins dépendre de l’extérieur pour leurs propres besoins. Le Golfe veut aussi vendre de la capacité d’IA au monde, comme il vend de l’énergie. L’entente américano-saoudienne parle d’utiliser les terrains, l’énergie et la situation géographique pour répondre à la demande locale, régionale et mondiale.

Ce qui se construit

Humain (Arabie saoudite)G42 / Stargate UAE
PropriétaireFonds public d’investissement, avec Aramco comme actionnaireEntreprise établie aux Émirats
Échelle annoncéeSix gigawatts de centres de données d’ici 2034, plus un engagement de 16 gigawatts d’électricité du ministère de l’Énergie, selon SemaforCampus de 5 gigawatts avec une grappe Stargate de 1 gigawatt; premiers 200 MW prévus en 2026, selon G42
Premières ententesJusqu’à 500 MW avec Nvidia sur cinq ans; plus de 5 milliards de dollars US avec AWSOpenAI, Oracle, Nvidia, SoftBank Group, Cisco pour Stargate UAE

Humain fait aussi d’un grand modèle de langue arabe une priorité, a placé 3 milliards de dollars US dans xAI et prévoit un fonds de capital de risque. Son PDG, Tareq Amin, a dit à Semafor que les ententes d’achat à long terme des hyperscalers mondiaux, appelées offtakes, facilitent l’emprunt pour construire, parce que les prêteurs peuvent compter sur elles. Autrement dit, la demande étrangère aide à financer un projet présenté comme national. Humain a aussi commencé à préparer une possible entrée en bourse, rapporte Arab News, sans calendrier ni montant annoncés.

Comme pour les plans du Canada, il s’agit surtout de déclarations d’intention. Il faut lire les gigawatts annoncés comme des ambitions tant qu’un site n’est pas montré en marche.

Le vrai gardien : Washington

Aucun des deux pays ne fabrique ses propres puces d’IA haut de gamme. Les règles américaines d’exportation décident donc de la vitesse de leur croissance. Deux décisions comptent le plus.

Novembre 2025. Pendant la visite du prince héritier à Washington, le département du Commerce a autorisé G42 et Humain à acheter chacune l’équivalent de jusqu’à 35 000 puces Nvidia GB300, sous réserve d’exigences de sécurité et de reddition de comptes.

Juillet 2026. Une nouvelle règle est entrée en vigueur le 10 juillet et a fait passer les Émirats dans un groupe d’exportation privilégié, le Country Group A:5. Mais le cabinet Morgan Lewis explique le piège. L’accès sans licence aux puces avancées est réservé aux entités d’une liste approuvée, et l’autorisation de G42 et de Core42 expire automatiquement après 270 jours si le Bureau of Industry and Security ne la prolonge pas. L’Arabie saoudite n’est pas visée par cette règle.

Ces approbations ont un prix. Une analyse de l’Asia Society indique que G42, Humain et leurs pays hôtes ont coupé leurs liens avec la Chine, notamment avec Huawei, en échange de l’accès aux puces. M. Amin dit que Humain ne laissera pas les laboratoires de pointe chinois s’entraîner sur sa capacité, mais qu’elle offrira des modèles chinois à code source ouvert pour l’inférence, c’est-à-dire pour faire tourner des modèles déjà entraînés. « Tout cela est acceptable dans le cadre établi avec les États-Unis », a-t-il dit à Semafor.

Des critiques américains restent sceptiques. The Capitol Forum a décrit G42 comme ayant un passé allégué de transferts de technologie vers la Chine, dans un reportage sur la règle de juillet. Et au Canada, Maroussia Lévesque, en réaction à L’IA pour tous, a appelé à la prudence sur les partenariats avec des pays du Moyen-Orient au mauvais bilan en matière de droits.

Alors, à quel point est-ce souverain? En argent et en terrains, beaucoup. En puces, très peu. C’est une bonne illustration de la différence entre posséder un site et le contrôler, et d’une dépendance qu’un gouvernement étranger peut ajuster ou couper.

Quand les centres de données sont devenus des cibles

En mars 2026, pendant la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, des drones ont frappé deux centres de données d’Amazon aux Émirats, et une frappe voisine en a endommagé un à Bahreïn. Les Gardiens de la révolution iraniens ont revendiqué l’attaque et dit que le site de Bahreïn avait été choisi parce qu’Amazon appuie l’armée américaine. En septembre, AWS a dit à ses clients qu’elle ne pouvait pas rétablir l’accès à certaines de ces ressources.

Les conséquences dépassent une seule entreprise :

  • La conception. CNBC, citant Reuters, indique que les Émirats envisagent de disperser le site de Stargate, avec certaines installations sous terre, protégées par du béton résistant aux explosions et par des intercepteurs. Il s’agit de reportages, non de plans annoncés.
  • La sécurité chez Humain. M. Amin dit que ses sites sont répartis et qu’ils sont « very well hardened » (très bien renforcés).
  • Un paradoxe de souveraineté. L’analyse de l’Asia Society observe que le conseil habituel après une frappe est de déplacer ses données vers une autre région. Les lois du Golfe qui obligent à garder au pays les données publiques sensibles se heurtent à ce conseil : garder les données au même endroit peut concentrer le risque plutôt que le réduire.

Les Canadiens ont eux aussi intérêt à suivre les choix de la région. Une filiale de Saudi Aramco investit dans la série E de Cohere, selon The Hub : le même capital touche donc à l’histoire de l’IA souveraine canadienne.

À essayer : ouvrez la page d’état ou de confiance de votre principal fournisseur d’infonuagique ou d’IA. Cherchez combien de régions conservent vos données et ce qui arrive si l’une d’elles disparaît. Vérifiez ensuite si une loi ou un contrat vous empêche de les déplacer.

Que nous apprend l’expérience du Golfe pour choisir où faire tourner son IA?

Trois leçons voyagent bien, même si vous ne travaillez jamais près d’une zone de conflit.

D’abord, distinguez l’endroit où se trouve un service et qui peut l’arrêter. Un site peut être dans votre pays et dépendre quand même d’une licence étrangère, comme le montre le délai de 270 jours de G42. Pour votre propre fournisseur, demandez quelles approbations ou quels contrats pourraient interrompre le service.

Ensuite, testez votre plan de secours contre vos propres règles. Si une loi ou un contrat client oblige à garder les données à un seul endroit, une panne à cet endroit n’a pas de solution facile. Prévoyez-la : un deuxième site dans le même territoire, ou des copies que vous conservez vous-même.

Enfin, lisez les chiffres de capacité comme des promesses. Demandez ce qui tourne aujourd’hui. Cette habitude vaut à Riyad, à Abou Dhabi et en Saskatchewan.

Sources

  1. Saudi AI firm HUMAIN to launch giant global VC fund this year — Semafor, 3 septembre 2026
  2. BIS upgrades UAE export control status with AI chip access limited to approved entities — Morgan Lewis
  3. AWS says it can't restore service to Bahrain, UAE facilities 6 months after Iran strikes — CNBC, 15 septembre 2026

Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/ia-golfe-humain-g42/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.

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