Société et travail

Pourquoi le Canada prend-il une participation dans Cohere, et qu’est-ce que ça change pour vous?

Publié le · Par Robert Scales, avec l’aide d’outils d’IA · 5 min de lecture

Réponse courte

Le gouvernement du Canada investit jusqu’à environ 1,6 milliard de dollars dans Cohere, l’entreprise d’IA de Toronto, en échange d’actions, dans le cadre d’une ronde de financement privée menée par l’allemand Schwarz Group. Ottawa veut une entreprise canadienne capable de bâtir des modèles d’IA avancés ici, pour que les entreprises et les gouvernements aient une option qui garde les données sensibles sous contrôle canadien.

Le 29 octobre 2026, à l’institut de recherche Mila, à Montréal, le premier ministre Mark Carney a annoncé que le gouvernement fédéral prendra une participation dans Cohere, le principal concurrent canadien dans la course aux modèles d’IA de pointe. L’engagement atteint jusqu’à environ 1,6 milliard de dollars. En retour, le Canada devient actionnaire, et Cohere prend une série d’engagements sur les emplois, la capacité de calcul et l’endroit où elle reste établie.

L’annonce a eu lieu le premier jour d’un sommet entre le Canada et l’Union européenne, et le jour même où Ottawa publiait une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui range l’intelligence artificielle parmi les capacités nécessaires à un pays souverain. Ce contexte explique l’entente mieux que n’importe quel chiffre : le gouvernement traite la capacité en IA comme l’énergie ou les télécommunications, c’est-à-dire comme quelque chose qu’il ne veut pas faire dépendre entièrement d’autres pays.

Ce qui a été annoncé

Cohere mène une nouvelle ronde de financement, sa série E, avec un objectif pouvant atteindre 7 milliards de dollars. Le groupe allemand Schwarz, propriétaire des chaînes Lidl et Kaufland, mène la ronde. Ottawa s’y joint comme un investisseur parmi d’autres, aux côtés de NVIDIA, de la branche de capital de risque de Bell, d’Inovia Capital et d’autres. Selon Cohere, la ronde la valorise à environ 36 milliards de dollars une fois l’argent versé.

En échange de l’argent public, Cohere s’engage à ce qui suit, selon l’annonce du premier ministre :

EngagementÉchéance
Au moins 1 000 nouveaux emplois techniques bien rémunérés au Canada2030
Au moins 1,7 milliard de dollars de plus en infrastructure de calcul au Canada2030
Garder sa constitution en société et son siège social au CanadaEn continu
Financer des partenariats de recherche et des occasions pour les étudiants et les nouveaux diplômésEn continu
Poursuivre son travail avec l’Institut canadien de la sécurité de l’IAEn continu

Comment fonctionne l’entente

Il s’agit d’un investissement, pas d’une subvention. Le gouvernement achète des actions : si Cohere grandit, la valeur de la participation publique grandit aussi; si elle éprouve des difficultés, la participation perd de la valeur. Le ministre Evan Solomon a indiqué que l’argent passe par la Corporation de développement des investissements du Canada, la société d’État qui gère certains actifs pour le compte d’Ottawa, et qu’il sera versé par étapes liées à des jalons comme l’embauche et les revenus. Le gouvernement affirme que Cohere rendra compte régulièrement de ses progrès.

Certains détails ne sont pas encore publics. La part exacte du Canada dans l’entreprise et les conditions précises de chaque étape n’ont pas été dévoilées. Pour l’instant, Cohere n’a annoncé qu’une première clôture, et elle n’a pas dit quelle part des 7 milliards est déjà engagée. Ce sont les questions à suivre dans les prochains mois.

Ce n’est pas non plus le premier argent public versé à Cohere. En décembre 2024, Ottawa avait offert à l’entreprise jusqu’à 240 millions de dollars dans le cadre de sa Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA, pour l’aider à faire construire un centre de données d’IA au Canada. Et en avril 2026, Cohere a annoncé sa fusion avec l’allemande Aleph Alpha, ce qui explique qu’un investisseur allemand mène aujourd’hui son financement.

Pourquoi un gouvernement veut une part d’une entreprise d’IA

L’« IA souveraine », c’est la capacité d’un pays ou d’une organisation à garder le contrôle de l’IA dont il dépend : où les modèles tournent, où les données sont stockées, quelles lois s’y appliquent et qui peut tout arrêter. Quand un hôpital ou un ministère envoie des documents à un service d’IA exploité depuis un autre pays, les lois de ce pays peuvent atteindre ces données. Un fournisseur d’ici n’élimine pas tous les risques, mais il donne un choix aux acheteurs.

Entraîner des modèles de pointe coûte des milliards en puces et en centres de données. Une entreprise comme Cohere a donc besoin de capitaux très importants pour suivre les laboratoires américains. Le gouvernement veut que cette croissance se fasse au Canada, et c’est à cela que servent les engagements sur le siège social, les emplois et le calcul présentés dans le tableau. Le ministre Solomon l’a présenté comme une façon de permettre aux fondateurs de bâtir une entreprise mondiale sans déménager.

L’approche a aussi des coûts à peser. L’argent public est concentré dans une seule entreprise, les conditions ne sont connues qu’en partie, et la valorisation dépend d’une ronde qui n’est pas terminée. Une participation fait aussi partager aux contribuables les pertes autant que les gains.

Ce que ça signifie si vous utilisez l’IA au travail

Cohere vend surtout aux entreprises et aux gouvernements, pas au grand public. La plupart des gens croiseront donc ses modèles à l’intérieur d’autres produits : l’assistant interne d’une banque, un service gouvernemental, une offre d’une entreprise de télécommunications. L’effet concret pour vous, c’est plus de choix quand votre organisation choisit un fournisseur d’IA, surtout si votre travail touche des données de santé, juridiques, financières ou gouvernementales.

Quel que soit le fournisseur, les trois mêmes questions s’appliquent :

Prompt
J’évalue un service d’IA pour mon organisation au Canada. En te fondant seulement sur la documentation publiée par le fournisseur, dis-moi :
1. Dans quels pays mes données sont-elles traitées et stockées?
2. Mes données servent-elles à entraîner les modèles du fournisseur, et puis-je le désactiver?
3. Les lois de quel pays régissent le contrat, et où l’entreprise est-elle constituée?
Cite la page d’où vient chaque réponse, et écris « non précisé » quand la documentation ne répond pas.

À essayer : lancez le prompt ci-dessus sur l’outil d’IA que votre équipe utilise le plus, puis ouvrez les pages citées et vérifiez chaque réponse vous-même.

Est-ce que ça change les outils d’IA que vous pouvez utiliser au Canada?

Pas tout de suite. Rien dans l’annonce ne bloque les services d’IA étrangers ni n’oblige qui que ce soit à changer. ChatGPT, Claude, Gemini et les autres outils restent offerts comme avant. Ce qui change, c’est l’offre : une entreprise canadienne avec plus de capitaux, plus de capacité de calcul au Canada et un engagement public à rester ici.

Avec le temps, l’effet devrait surtout se voir dans les achats publics et privés. Les gouvernements et les secteurs réglementés qui doivent garder leurs données au Canada auront une option d’ici capable de rivaliser sur la qualité des modèles, pas seulement sur l’emplacement. Pour tous les autres, la bonne habitude est celle du prompt ci-dessus : savoir où vont vos données, quelle que soit l’entreprise choisie.

Sources

  1. Canada announces landmark investment in Cohere to scale secure, sovereign AI — Office of the Prime Minister of Canada (via Cision), 29 octobre 2026
  2. Feds to buy stake in Cohere via planned $7-billion Series E at $36-billion valuation — BetaKit, 29 octobre 2026
  3. Canada to invest up to $1.6B in Toronto-based AI company Cohere — CBC News (Thomson Reuters), 29 octobre 2026

Sources des articles liés dans le texte

Chaque article lié a sa propre page, avec ses sources et sa date.

Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/canada-participation-cohere-ia-souveraine/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.

Recevez gratuitement le Guide de l’intelligence artificielle

Abonnez-vous à l’infolettre et recevez le guide gratuit : ce qui a changé en IA, une leçon, un prompt à essayer. Désabonnement en un clic.

Ce que nous faisons de votre adresse

Retour en haut

Affichage

Vos choix sont enregistrés dans ce navigateur seulement. Aucune donnée n’est transmise.

Taille du texte
100 %
Couleurs
Lecture
Autres réglages
Déclaration d’accessibilité

Obtenir l’appli

Ajoutez le guide à votre écran d’accueil. Il s’ouvre comme une application, et les pages déjà lues restent disponibles hors ligne.

Lire sans connexion : télécharger les articles

iPhone et iPad (Safari, Chrome, Edge)

  1. Touchez le bouton Partager (le carré avec une flèche). Dans Chrome et Edge, il est dans la barre d’adresse ou le menu.
  2. Choisissez « Sur l’écran d’accueil ».
  3. Touchez « Ajouter ».

Android (Chrome, Edge, Samsung Internet, Firefox)

  1. Ouvrez le menu du navigateur (⋮ ou ☰).
  2. Choisissez « Installer l’application » ou « Ajouter à l’écran d’accueil ».
  3. Confirmez avec « Installer ».

Ordinateur (Chrome, Edge)

  1. Cliquez sur l’icône d’installation au bout de la barre d’adresse, ou ouvrez le menu du navigateur (⋮ ou …).
  2. Dans Chrome, choisissez « Caster, enregistrer et partager », puis « Installer la page en tant qu’application ». Dans Edge, choisissez « Applications », puis « Installer ce site en tant qu’application ».
  3. Cliquez sur « Installer ».

Mac (Safari)

  1. Ouvrez le menu Fichier.
  2. Choisissez « Ajouter au Dock ».
  3. Cliquez sur « Ajouter ».

Firefox sur ordinateur ne peut pas installer un site comme application. Utilisez plutôt Chrome, Edge ou Safari.