Réponse courte
En janvier 2014, Google a accepté d’acheter DeepMind, une petite entreprise londonienne d’intelligence artificielle connue pour avoir appris à des réseaux de neurones à jouer à des jeux Atari, dans le cadre d’une offensive en apprentissage automatique et en robotique. Google n’a jamais révélé le prix; selon les médias, il serait d’environ 400 millions $ US, de 400 millions de livres sterling (environ 650 millions $ US) ou de 500 millions $ US.
Question de suivi Qu’a fait DeepMind depuis son arrivée chez Google?
Le dimanche 26 janvier 2014, le site d’information technologique Re/code a rapporté que Google avait accepté d’acheter DeepMind, une entreprise londonienne dont la plupart des gens n’avaient jamais entendu parler. Le lendemain, Google a confirmé la transaction. L’entreprise n’a pas dit combien elle payait, ni ce qu’elle comptait faire des travaux de DeepMind.
L’achat semblait modeste à côté des autres transactions de Google ce mois-là, et pourtant il s’est révélé l’un des plus lourds de conséquences en IA. Il a placé un jeune laboratoire de recherche à l’objectif très ambitieux, construire des systèmes d’apprentissage polyvalents, au sein de l’une des entreprises technologiques les plus riches, et il a montré que les géants de la technologie se livraient une vive concurrence pour attirer les talents en IA.
Ce qu’était DeepMind
DeepMind Technologies a été fondée à Londres en septembre 2010 par trois personnes. Demis Hassabis avait été un prodige des échecs et un concepteur de jeux vidéo, coconcepteur du jeu à succès Theme Park à 17 ans, avant d’obtenir un doctorat en neurosciences cognitives à l’University College London en 2009. Shane Legg, chercheur en apprentissage automatique, a rencontré Hassabis à la Gatsby Computational Neuroscience Unit de l’UCL. Mustafa Suleyman était le troisième cofondateur.
L’entreprise décrivait son approche comme une combinaison de l’apprentissage automatique et des neurosciences des systèmes, l’étude du fonctionnement du cerveau dans son ensemble, pour construire des algorithmes d’apprentissage polyvalents. Parmi ses bailleurs de fonds figuraient les sociétés de capital de risque Horizons Ventures et Founders Fund, ainsi que les investisseurs Peter Thiel, Elon Musk et Jaan Tallinn.
Ses travaux les plus connus étaient un article mis en ligne en décembre 2013 qui montrait un seul réseau de neurones apprenant à jouer à plusieurs jeux vidéo Atari à partir des seuls pixels de l’écran, en battant des experts humains à certains. Selon des récits ultérieurs, ces recherches ont contribué à attirer l’intérêt de Google.
La transaction et le prix
Voici comment se comparaient les principaux reportages dans les jours suivant la nouvelle :
| Source | Date | Prix rapporté |
|---|---|---|
| Re/code (première nouvelle) | 26 janvier 2014 | 400 millions $ US |
| Porte-parole de Google | 27 janvier 2014 | A confirmé la transaction, a refusé de donner un prix |
| The Guardian | 27 janvier 2014 | 400 millions de livres sterling, converties en 650 millions $ US |
| Plusieurs récits ultérieurs | — | 500 millions $ US |
Les chiffres ne concordent pas, et ils ne peuvent pas être vérifiés à l’aide d’un chiffre officiel, parce qu’aucune des deux entreprises n’en a publié. L’article du Guardian lui-même mélange les chiffres : il parle de 400 millions de livres sterling dans le texte et d’environ 400 millions $ US dans une légende de photo. Le résumé le plus sûr est que Google a payé quelque part entre 400 et 650 millions $ US.
À essayer : cherchez une acquisition technologique récente dans trois médias différents. Faites un petit tableau comme celui ci-dessus avec le prix donné par chaque média et sa source (« des personnes au courant de la transaction », un document officiel, une déclaration de l’entreprise). Remarquez à quelle fréquence la colonne « officiel » reste vide.
D’autres détails sont ressortis des reportages. Le Guardian a écrit que le chef de la direction de Google, Larry Page, aurait mené la transaction lui-même, et que Facebook aurait tenté sans succès d’acheter DeepMind auparavant. Citant le site d’information The Information, il a aussi rapporté que Google avait accepté de créer un comité d’éthique de l’IA dans le cadre de la transaction. Dans une déclaration, Hassabis a affirmé que l’arrivée chez Google permettrait à DeepMind de donner un « coup d’accélérateur » à sa mission. L’entreprise est devenue Google DeepMind.
Pourquoi Google la voulait
La transaction s’inscrivait dans une tendance. En 2013, Google avait acheté sept entreprises de robotique, dont Boston Dynamics, et en janvier 2014, elle avait annoncé l’achat, pour 3,2 milliards $ US, de Nest, qui fabrique des thermostats capables d’apprendre. Le New York Times présentait DeepMind comme un élément des projets de Google pour les voitures sans conducteur et une nouvelle génération de robots.
Il y avait aussi une course aux talents. Murray Shanahan, professeur à l’Imperial College London, a déclaré au Guardian que DeepMind se concentrait sur l’apprentissage par renforcement et l’apprentissage profond, qui conviennent aux énormes réserves de données de Google. En mars 2013, Google avait embauché Geoffrey Hinton, dont l’équipe de Toronto avait gagné le concours ImageNet 2012. Acheter DeepMind permettait de faire entrer d’un coup toute une équipe de personnes possédant les mêmes compétences rares.
Qu’a fait DeepMind depuis son arrivée chez Google?
DeepMind est toujours établie à Londres et, en 2015, elle est devenue une filiale d’Alphabet, la nouvelle société mère de Google. Son premier grand moment public est arrivé en octobre 2015, quand son programme AlphaGo a battu le champion d’Europe de go, Fan Hui, cinq parties à zéro. En mars 2016, AlphaGo a battu Lee Sedol, l’un des meilleurs joueurs du monde, 4 à 1. Le go était depuis longtemps considéré comme beaucoup plus difficile que les échecs pour les ordinateurs, parce que le nombre de positions possibles y est infiniment plus grand.
Depuis, AlphaZero a appris seul le go, les échecs et le shogi en jouant contre lui-même, et en 2020, Agent57 a battu la référence humaine sur les 57 jeux Atari, bouclant la boucle des travaux qui avaient rendu DeepMind célèbre. À la fin de 2020, DeepMind a aussi annoncé des progrès majeurs sur le repliement des protéines, le problème qui consiste à prédire la forme 3D d’une protéine à partir de sa séquence.
Le partenariat a aussi connu des frictions. La composition du comité d’éthique convenu en 2014 n’a jamais été rendue publique, et en 2018, des défenseurs de la vie privée ont protesté quand l’application de santé Streams de DeepMind a été intégrée à Google. Ces débats, sur qui contrôle la recherche de pointe en IA et les données qu’elle utilise, risquent de prendre de l’ampleur à mesure que les laboratoires d’IA des grandes entreprises gagnent en influence.
Sources
- Google Acquires British Artificial Intelligence Developer — The New York Times DealBook, 27 janvier 2014
- Google buys UK artificial intelligence startup Deepmind for £400m — The Guardian, 27 janvier 2014
- DeepMind — Wikipedia (archived January 2021), 15 janvier 2021