Histoire de l’IA

Quelle est l’histoire de Pygmalion, le sculpteur dont la statue a pris vie?

· Par Robert Scales · 5 min de lecture

Réponse courte

Pygmalion est un sculpteur de Chypre qui taille une femme dans l’ivoire, en tombe amoureux et prie Vénus, qui transforme la statue en femme vivante. La version la plus connue se trouve dans les Métamorphoses, un long poème latin du poète romain Ovide, publié pour la première fois vers l’an 8 de notre ère.

L’histoire de Pygmalion est celle d’une chose fabriquée qui devient une personne. Un sculpteur façonne une femme dans l’ivoire avec tant de perfection qu’il tombe amoureux de sa propre œuvre, et la déesse Vénus exauce sa prière en lui donnant vie. Le récit est court, une cinquantaine de vers latins seulement, mais on le raconte à nouveau depuis deux mille ans.

La version que presque tout le monde connaît vient des Métamorphoses d’Ovide. Quand on parle aujourd’hui de notre habitude de traiter les choses qui ont l’air vivantes comme si elles l’étaient, qu’il s’agisse d’une poupée, d’un robot ou d’un assistant vocal bavard, c’est souvent le nom de Pygmalion qui vient en tête.

Quand et où Ovide l’a écrite

Ovide (de son nom complet Publius Ovidius Naso) était un poète romain. Ses Métamorphoses, mot qui signifie « transformations », ont été publiées pour la première fois en l’an 8 de notre ère. C’est une œuvre immense : 15 livres, près de 12 000 vers et plus de 250 mythes, disposés à peu près de la création du monde jusqu’à la divinisation de Jules César. Chaque histoire comporte un changement de forme, et c’est ce fil qui les relie.

Pygmalion apparaît au livre X, vers 243 à 297. Ovide ne le raconte pas de sa propre voix. C’est l’un des chants d’Orphée, le musicien légendaire, qui chante une série de récits d’amour et de transformation après avoir perdu sa femme Eurydice.

Ovide n’a pas inventé Pygmalion. Le nom appartient à la légende chypriote, et la mention par Ovide d’un enfant nommé Paphos laisse croire qu’il s’est inspiré d’un récit antérieur plus complet, peut-être une œuvre perdue d’un auteur nommé Philostéphanos. C’est la version d’Ovide qui a survécu et qui a façonné tout ce qui a suivi.

Ce qui se passe dans l’histoire

Voici l’intrigue, étape par étape :

ÉtapeCe qui se passe
1. Un choixPygmalion, dégoûté par la conduite de certaines femmes de la ville, décide de vivre seul.
2. La statueIl sculpte une femme dans un ivoire blanc comme neige, plus belle que n’importe quelle femme vivante.
3. Le coup de foudreLa statue a l’air si réelle qu’elle semble prête à bouger. Il la touche, l’embrasse, l’habille et lui apporte des cadeaux comme des coquillages, des fleurs et des bijoux.
4. La prièreÀ la fête de Vénus, à Chypre, il demande une épouse. Trop timide pour dire « la jeune fille d’ivoire », il en demande une semblable à elle. La flamme de l’autel s’élève trois fois.
5. La transformationDe retour chez lui, il embrasse la statue. L’ivoire se réchauffe et s’amollit sous ses mains, comme la cire d’abeille s’amollit au soleil, et il sent un pouls.
6. Le dénouementLa femme ouvre les yeux et voit à la fois Pygmalion et le ciel. Vénus assiste au mariage, et le couple a un enfant, Paphos, qui donne son nom à la ville.

Un détail surprend bien des lecteurs : Ovide ne nomme jamais la statue. Le nom familier de Galatée a été ajouté par des auteurs plus tardifs, à une date que personne ne peut préciser.

Comment se fait la transformation

Contrairement à Talos, le gardien de bronze de la mythologie grecque, la statue de Pygmalion n’a aucun mécanisme. Pas d’engrenages, pas de fluide, pas de pièces cachées. Le changement vient de trois ingrédients :

  • Le talent. Ovide insiste sur le fait que l’art était si parfait qu’il se faisait oublier; la statue avait l’air vivante avant de l’être.
  • La croyance et l’attention. Pygmalion traite la statue comme une personne bien avant qu’elle en devienne une.
  • Une puissance extérieure au créateur. La vie elle-même vient de Vénus. Pygmalion peut façonner le corps, mais il ne peut pas lui donner un esprit.

Ce dernier point est important. Dans cette histoire, fabriquer quelque chose qui a l’air humain et fabriquer quelque chose qui est humain sont deux actes complètement différents. Le sculpteur réussit le premier. Seule une déesse peut accomplir le second.

À essayer : pensez à une fois où vous vous êtes surpris à parler à une machine comme si elle vous comprenait, peut-être le GPS d’une voiture, un assistant téléphonique ou un personnage de jeu. Notez ce qui la rendait « vivante » : sa voix, son visage, son sens du moment? C’est l’ivoire et le poli de Pygmalion.

Une histoire racontée depuis des siècles

Le récit a eu une longue vie. Peintres et sculpteurs y sont revenus sans cesse, et sa popularité a fortement augmenté au XIXe siècle. Shakespeare termine Le Conte d’hiver par une statue qui semble prendre vie. La pièce Pygmalion de George Bernard Shaw en fait l’histoire d’un professeur qui refaçonne la façon de parler d’une vendeuse de fleurs, et cette pièce est devenue la comédie musicale My Fair Lady. La mythologie grecque en offre aussi de proches parents : on disait que Dédale donnait une voix à ses statues, et Pandore a été façonnée dans l’argile.

Pourquoi parle-t-on encore de Pygmalion quand il est question d’IA?

Parce que l’histoire saisit deux choses que nous voyons clairement en 2019. La première, c’est notre empressement à voir de la vie là où il n’y en a pas. Il est courant de donner un nom à son aspirateur robot, de dire « merci » aux assistants vocaux et de se sentir mal à l’aise quand on maltraite une machine qui a l’air vivante. Pygmalion est l’image classique de cet élan : une personne qui consacre tant d’attention à une chose fabriquée qu’elle semble finir par lui répondre.

La seconde, c’est l’écart entre avoir l’air intelligent et l’être. Les systèmes d’aujourd’hui peuvent produire une parole fluide, des visages réalistes et des réponses convaincantes, et ils s’améliorent vite. Mais une surface convaincante, c’est la part du travail qui revient au sculpteur. Savoir s’il y a de la compréhension derrière est une autre question, que l’histoire confie à une déesse et dont les chercheurs en IA débattent encore.

Pour un débutant, Pygmalion propose une habitude simple. Quand une machine semble vivante, appréciez le savoir-faire, puis demandez-vous ce qu’elle fait réellement, quelles données elle utilise et ce qu’elle ne peut pas faire. Vous resterez ainsi du bon côté de l’ivoire.

Sources

  1. The Metamorphoses of Ovid, Books VIII-XV (translated by Henry T. Riley) — Project Gutenberg, 16 juillet 2008
  2. Pygmalion (mythology) — Wikipedia (archived December 2018), 13 décembre 2018
  3. Metamorphoses — Wikipedia (archived January 2019), 11 janvier 2019

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