# Qui était Talos, le géant de bronze de la mythologie grecque?

Date: 2019-01-07 · Author: Robert Scales · https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/talos-geant-de-bronze-mythe-grec/

**Answer:** Talos était un homme géant fait de bronze, dans la mythologie grecque, posté sur l’île de Crète pour éloigner les étrangers en lançant des rochers sur leurs navires. Son histoire la plus connue est racontée dans les Argonautiques, une épopée écrite par Apollonios de Rhodes au IIIe siècle av. J.-C., où la magicienne Médée le terrasse grâce à son unique point faible, une veine près de la cheville.

Talos est l’un des plus anciens gardiens fabriqués des récits occidentaux : une figure géante de bronze qui fait le tour d’une île, surveille la mer et attaque quiconque tente d’y débarquer. Il appartient à la mythologie grecque, si bien qu’aucun auteur ne l’a inventé à lui seul, mais le récit écrit le plus complet vient des *Argonautiques*, un long poème en grec d’Apollonios de Rhodes.

Les personnes qui réfléchissent à l’intelligence artificielle reviennent sans cesse à Talos, parce que son histoire pose une question que nous posons encore aux machines en 2019 : que se passe-t-il quand on construit quelque chose pour agir de lui-même, suivre une seule règle sans relâche et protéger un lieu sans un humain à ses côtés?

## Quand et où l’histoire a été écrite

Apollonios était un poète et un érudit d’Alexandrie, la grande ville grecque d’Égypte, au IIIe siècle av. J.-C. Ses dates exactes sont incertaines. Le traducteur R. C. Seaton note que les spécialistes situent sa naissance entre 296 et 260 av. J.-C. Selon deux courtes « vies » antiques du poète, il a été l’élève de Callimaque, a présenté une première version des *Argonautiques* à Alexandrie, s’est installé sur l’île de Rhodes après un accueil défavorable, l’y a révisée et a pris le nom de « Rhodien ».

Le mythe lui-même est plus ancien que le poème. Des vases peints qui montrent la mort de Talos datent d’environ 400 av. J.-C., soit environ un siècle et demi avant Apollonios, et une pièce d’argent de Phaistos, en Crète, frappée vers 300 à 270 av. J.-C., montre un Talos ailé tenant une pierre. Le poète racontait donc à nouveau l’histoire d’une figure que ses lecteurs connaissaient déjà.

## Ce qui se passe dans les Argonautiques

Les *Argonautiques* suivent Jason et son équipage, les Argonautes, dans leur voyage pour conquérir la Toison d’or. Talos apparaît au chant IV, sur le chemin du retour. Voici l’épisode, dans l’ordre :

| Étape | Ce qui se passe |
|---|---|
| 1. L’arrivée | L’équipage épuisé atteint la Crète et tente d’amarrer le navire dans le port de Dicté. |
| 2. Le gardien | Talos arrache des rochers aux falaises et les lance, empêchant le navire de s’amarrer. |
| 3. Sa nature | Il est de bronze de la tête aux pieds et ne peut être blessé, sauf à un endroit : une veine rouge sang près de la cheville, couverte d’une peau mince. |
| 4. Le plan | Médée, qui navigue avec Jason, dit à l’équipage de ramer hors de portée et de lui laisser Talos. |
| 5. Le sortilège | Elle invoque les esprits de la mort par des chants et des prières et le fixe d’un regard hostile. |
| 6. La chute | En soulevant un autre bloc de pierre, Talos s’écorche la cheville sur un rocher pointu. L’ichor, le fluide qui sert de sang aux dieux, jaillit comme du plomb fondu, et il vacille puis s’écrase comme un pin à moitié abattu. |

Apollonios donne aussi un passé à Talos. Dans sa version, Talos est le dernier survivant d’une race d’hommes de bronze nés des frênes, et Zeus l’a donné à Europe pour garder la Crète en faisant le tour de l’île trois fois par jour.

## Comment fonctionne la « machine »

Les auteurs anciens ne s’entendaient pas sur l’origine de Talos. Dans une version rapportée par des sources plus tardives, le dieu forgeron Héphaïstos l’a fabriqué à la demande de Zeus. Dans une autre, Héphaïstos l’a donné au roi Minos de Crète. Certains auteurs décrivent une veine unique allant de son cou à sa cheville, scellée par un seul clou de bronze.

Lu avec l’œil d’un constructeur, ce détail frappe. Talos fonctionne comme un système fermé : un fluide, un canal, un bouchon. L’érudit A. B. Cook a suggéré que la veine bouchée pourrait refléter la méthode de fonte du bronze à la cire perdue, où le métal en fusion est versé par un canal qu’on scelle ensuite. Que cette hypothèse soit juste ou non, l’histoire traite Talos moins comme une personne que comme un appareil qui a un défaut de conception.

Son comportement suit aussi une routine fixe. Il patrouille selon un horaire, repère les navires et lance des rochers. Rien dans le poème n’indique qu’il parle, négocie ou change d’avis. C’est exactement ainsi que bien des gens se représentent un système automatique simple : un ensemble de règles qui tourne jusqu’à ce que quelque chose se brise.

> **À essayer :** écrivez la tâche de Talos sous forme de trois règles « si… alors… », comme le ferait un programmeur (par exemple, « Si un navire arrive à portée, alors lance un rocher »). Demandez-vous ensuite quelle situation vos règles ne couvrent pas. Médée en a trouvé une.

## Pourquoi cette histoire compte pour l’IA en 2019

Talos montre que l’idée d’un gardien fabriqué, qui se meut de lui-même, a plus de deux mille ans. Bien avant l’électricité, des conteurs grecs imaginaient une figure construite par un dieu, chargée d’une tâche et envoyée l’accomplir seule.

L’histoire porte aussi trois thèmes qui sonnent familiers cette année, alors que des assistants vocaux répondent à nos questions dans nos cuisines et que des programmes comme AlphaGo battent des champions à des jeux qu’on croyait trop subtils pour les ordinateurs :

- **L’autonomie.** Talos agit sans que personne lui donne d’ordres sur le moment. Les débats actuels sur les voitures autonomes et les systèmes de sécurité automatisés tournent autour du même point.
- **Un point de défaillance unique.** Une petite faiblesse suffit à défaire un système autrement imbattable. Les ingénieurs cherchent encore la « veine de la cheville » dans ce qu’ils construisent.
- **La tromperie.** Médée ne vient pas à bout de Talos par la force, mais en agissant sur ses yeux et son esprit. Des chercheurs étudient aujourd’hui comment des systèmes de reconnaissance d’images peuvent être trompés par des données soigneusement modifiées, un cousin moderne de sa ruse.

Rien de tout cela ne veut dire que les Grecs anciens ont prédit les ordinateurs. Cela veut dire que les questions que nous posons à l’IA ont des racines profondes dans la façon dont les gens ont toujours imaginé des choses fabriquées qui bougent et agissent.

## Talos était-il un robot ou une créature vivante?

La réponse honnête, c’est que les sources anciennes ne s’entendent pas, et que la question leur aurait semblé étrange. Dans les *Argonautiques*, Talos fait partie d’une race d’hommes de bronze, ce qui le fait paraître comme un être vivant fait d’une matière inhabituelle. D’autres versions disent qu’un dieu l’a forgé, ce qui le fait paraître comme un objet fabriqué.

Les lecteurs modernes l’appellent souvent le premier robot, et la comparaison est utile tant qu’on ne la prend pas au pied de la lettre. Le mot « robot » n’existait pas dans l’Antiquité. Ce que Talos a en commun avec un robot, c’est l’idée d’un corps construit plutôt que né, chargé d’une tâche et animé par quelque chose à l’intérieur de lui, ici l’ichor de son unique veine.

Pour un débutant, c’est la leçon utile. Quand on dit que l’IA est une idée nouvelle, Talos rappelle à point nommé que le rêve de construire un assistant, ou un gardien, est ancien. Ce qui est nouveau, c’est qu’en 2019 nous pouvons réellement construire des machines qui suivent des règles, apprennent à partir de données et agissent sans personne aux commandes, et que nous devons réfléchir soigneusement à l’endroit où se trouvent leurs points faibles.

## Sources

- The Argonautica (translated by R. C. Seaton): https://www.gutenberg.org/ebooks/830
- Talos: https://web.archive.org/web/20181220174011/https://en.wikipedia.org/wiki/Talos
