# Que sont les gigausines d’IA de l’Europe, et rendront-elles l’Europe souveraine en IA?

Date: 2026-10-17 · Author: Robert Scales · https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/gigausines-ia-europe-expliquees/

**Answer:** Les gigausines d’IA sont jusqu’à sept très grands sites de calcul que l’Union européenne veut voir construits par des consortiums privés, des acheteurs publics garantissant une partie de leurs revenus. Les offres doivent être déposées au plus tard le 12 novembre 2026, mais des critiques doutent que le plan comble le retard de l’Europe, car il dépendra de puces étrangères, peut-être de clients étrangers et d’un réseau électrique difficile d’accès.

En juillet 2026, l’entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance, ou EuroHPC, l’organisme conjoint de l’UE pour les superordinateurs, a lancé un appel aux consortiums pour construire et exploiter des gigausines d’IA (*AI gigafactories*). Elle les décrit comme une infrastructure de calcul d’IA souveraine à grande échelle, située dans des pays de l’UE et dirigée par l’industrie. La sélection est attendue au début de 2027, et l’exploitation dans les 18 mois suivants.

Pour comprendre pourquoi l’UE les veut, partons de l’écart. Bruegel, un groupe de réflexion économique de Bruxelles, s’appuie sur un jeu de données des sites en service et prévus et situe l’UE à environ 2 gigawatts de calcul d’IA en 2026. Ces chiffres excluent la capacité des nuages européens existants des hyperscalers américains. Il s’agit donc d’un plancher pour ce qui se trouve sur le sol européen.

| Région | Calcul d’IA, 2026 | Part mondiale |
|---|---|---|
| États-Unis | 35 GW | 78 % |
| Chine | 5 GW | 11 % |
| Union européenne | 2 GW | 5 % |

## L’appel en chiffres

Selon le résumé de l’appel d’offres du cabinet Sullivan & Cromwell, l’appel compte deux lots : quatre sites de taille moyenne et trois de grande taille. EuroHPC dit qu’ils devraient couvrir au moins sept États membres.

| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Argent public | Jusqu’à 10 milliards d’euros de l’UE et des États membres |
| Investissement privé attendu | Au moins 20 milliards d’euros |
| Total | Plus de 30 milliards d’euros |
| Coût par site | Au moins 4 à 5 milliards d’euros |
| Puissance à la première phase | 15 à 30 MW pour les sites moyens, 20 à 50 MW pour les grands |
| Date limite | 12 novembre 2026 |

Ces puissances de départ paraissent modestes devant le mot « giga » et devant les campus nord-américains, et l’appel est conçu pour une croissance dans des phases ultérieures. Une précision sur les chiffres antérieurs : le plan InvestAI de la Commission parlait de 20 milliards d’euros pour un maximum de cinq gigausines, et un appel informel a suscité 77 propositions venues de 16 États membres. Le Conseil a donné le mandat légal à EuroHPC le 16 janvier 2026.

Seule une partie de l’argent public est ferme. Jusqu’à 1 milliard d’euros de fonds européens pour la première phase vient du budget actuel. Les 4 milliards d’euros suivants sont indicatifs et dépendent du prochain budget à long terme de l’UE.

## Comment fonctionne l’argent public

C’est la partie ingénieuse. L’UE ne versera pas simplement une subvention à ces projets. Le secteur public achète du temps de calcul à l’avance et agit comme ce que l’appel d’offres appelle un « strategic anchor customer » (client d’ancrage stratégique).

Voici un exemple simplifié. Imaginez un site dont le matériel de calcul coûte 3 milliards d’euros.

1. Un consortium réunit l’argent et construit le site à ses risques.
2. L’UE s’engage à acheter de l’accès au calcul, jusqu’à l’équivalent de 17 % de ce coût de matériel, selon Open Future : jusqu’à 510 millions d’euros ici.
3. Les États participants doivent au moins égaler ce montant, ce qui donne au moins 1,02 milliard d’euros d’achats publics garantis dans cet exemple.
4. L’exploitant doit vendre le reste de la capacité sur le marché.

Les banques prêtent peut-être plus facilement quand un client est garanti. Le consortium porte quand même le risque de la capacité invendue, ce qui nous amène aux critiques.

## Les critiques

**Open Future**, un groupe européen de politique numérique, signale une tension dans l’appel d’offres. Pour démontrer leur viabilité, les soumissionnaires peuvent nommer des hyperscalers mondiaux comme clients d’ancrage. Les entreprises capables de remplir ces sites pourraient donc être les mêmes firmes américaines dont le plan de souveraineté veut réduire la dépendance. L’appel demande bel et bien aux soumissionnaires un plan assorti d’échéances pour diversifier leur clientèle.

**Bruegel** soutient que le capital n’est pas le principal obstacle. Le raccordement rapide au réseau et l’obtention des permis comptent davantage, dit-il, et même avec tous les projets prévus, l’UE resterait loin derrière en 2031. Il propose de rediriger les subventions vers les régions les plus rapides en matière de permis, et d’encourager les entreprises américaines à installer plus de puces en Europe, avec des étiquettes volontaires comme « traité dans l’UE ». Sa vision de la souveraineté est délibérément modeste : maximiser le calcul local, peu importe à qui appartiennent les puces.

**Le CEPA**, un groupe de réflexion transatlantique, rappelait en 2025 des projets européens antérieurs comme Galileo et Gaia-X, et disait que le plan ajoute de l’offre sans s’attaquer à la faible demande, au coût de l’énergie et à l’incertitude réglementaire.

EuroHPC fait valoir pour sa part que ces sites rendront le calcul à grande échelle plus simple et moins cher pour les utilisateurs publics et privés d’Europe, et renforceront la résilience et l’autonomie stratégique.

## Les bâtisseurs privés de l’Europe bougent aussi

Les gigausines ne sont pas seules en piste. Schwarz Group, propriétaire de Lidl et chef de file du financement de Cohere, investit de 11 à 13 milliards d’euros dans un campus allemand qui devrait abriter jusqu’à 100 000 puces d’IA, rapporte Reuters. Son nuage StackIT doit fournir de la capacité de calcul au regroupement de Cohere et d’Aleph Alpha, ce qui relie cette histoire au Canada. Mistral AI a lancé Mistral Compute en 2025, une pile privée de puces et de logiciels pour les États et les entreprises, et a levé 3 milliards d’euros en septembre 2026.

Les Canadiens qui suivent ce dossier noteront la logique commune. Le Canada et l’UE acceptent tous deux des puces étrangères tout en essayant de contrôler ce qui se trouve au-dessus, et l’annonce du premier ministre Carney sur Cohere a coïncidé avec un sommet Canada-UE.

> **À essayer :** lisez la phrase « situé en Europe » sur la page de vente d’un fournisseur infonuagique. Notez ensuite à qui appartiennent les puces, qui exploite le site et quel droit lie l’exploitant. Comparez ces réponses à la vision de Bruegel et à celle d’Open Future, et voyez laquelle vous partagez.

## Qui pourrait réellement utiliser une gigausine?

EuroHPC dit que les sites serviront les chercheurs, les organismes publics et les entreprises, surtout les jeunes pousses, les entreprises en croissance et les PME établies dans les États participants. Comme les acheteurs publics détiennent une partie de la capacité, une part de l’accès devrait passer par des voies publiques, aux côtés des usines d’IA existantes, que les gigausines doivent compléter. Le reste sera vendu sur le marché.

L’appel d’offres s’ouvre aussi aux utilisateurs mondiaux. Une entreprise hors d’Europe pourrait donc acheter de la capacité à des conditions commerciales. Les détails comme les prix et les règles d’accès dépendront des offres retenues, attendues au plus tôt au début de 2027. Si vous dirigez une jeune pousse européenne, l’étape pratique, aujourd’hui, est de trouver le contact de l’usine d’IA de votre pays, puisque cette voie existe déjà.

## Sources

- The EuroHPC Joint Undertaking launches the AI Gigafactories Call: https://www.eurohpc-ju.europa.eu/eurohpc-joint-undertaking-launches-ai-gigafactories-call-2026-07-30_en
- EuroHPC Joint Undertaking Launches AI Gigafactories Call: https://www.sullcrom.com/insights/memo/2026/October/EuroHPC-Joint-Undertaking-Launches-AI-Gigafactories-Call
- How can Europe address its pressing AI compute infrastructure shortfall?: https://www.bruegel.org/policy-brief/how-can-europe-address-its-pressing-ai-compute-infrastructure-shortfall

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Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/) : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/gigausines-ia-europe-expliquees/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.
