# Comment le Canada encadre-t-il l’IA depuis la mort de la Loi sur l’intelligence artificielle et les données?

Date: 2026-02-21 · Author: Robert Scales · https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/encadrement-ia-canada-apres-liad/

**Answer:** Le Canada n’a pas de loi propre à l’IA : la Loi sur l’intelligence artificielle et les données est morte au feuilleton avec le projet de loi C-27 lors de la prorogation du Parlement en janvier 2025, et Ottawa a dit qu’il ne la ressusciterait pas telle quelle. Pour l’instant, l’IA au Canada est encadrée par les lois existantes, surtout les lois sur la protection des renseignements personnels comme la Loi 25 du Québec, plus un code de conduite fédéral volontaire.

Le Canada a déjà semblé en voie de figurer parmi les premiers pays dotés d’une loi nationale sur l’IA. La Loi sur l’intelligence artificielle et les données, ou LIAD, faisait partie du projet de loi C-27, la Loi de 2022 sur la mise en œuvre de la Charte du numérique, qui proposait aussi une nouvelle loi fédérale sur la protection des renseignements personnels. Le projet de loi n’a jamais terminé son parcours au Parlement. Lors de la prorogation du Parlement en janvier 2025 (la fin officielle de la session, qui fait mourir au feuilleton les projets de loi non adoptés), C-27 est mort avec elle.

Un an plus tard, il n’y a toujours pas de loi fédérale sur l’IA. Cela ne veut pas dire que l’IA n’est pas encadrée. Cela veut dire que les règles viennent de lois qui n’ont pas été écrites en pensant à l’IA, d’un code volontaire et, au Québec, d’une loi sur la protection des renseignements personnels qui traite directement des décisions automatisées.

## Ce que la LIAD aurait fait

La LIAD visait les systèmes d’IA « à incidence élevée », ceux qui pouvaient avoir des effets graves sur la vie des gens. Selon la description du gouvernement fédéral, les entreprises responsables de tels systèmes auraient dû cerner et réduire les risques de préjudice et de biais au moment de les concevoir, de les construire et de les déployer, tenir des registres et surveiller les systèmes une fois en service. Plus le risque était grand, plus les obligations étaient lourdes. Une grande partie des détails était laissée à des règlements à rédiger plus tard, et un nouveau commissaire à l’intelligence artificielle et aux données aurait aidé le ministre à la faire appliquer.

## Où en est Ottawa aujourd’hui?

Sous le premier ministre Mark Carney, le Canada a un ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon. Il a dit qu’il ne ramènerait pas la LIAD telle qu’elle était rédigée, même si certaines de ses idées pourraient être reprises, et il décrit l’approche qu’il souhaite comme « légère, serrée, juste » (*light, tight, right*), c’est-à-dire des règles qui évitent de freiner les entreprises canadiennes.

En octobre 2025, lors d’une conférence à Montréal, il a dit qu’il présenterait un projet de loi sur la protection des données, en évoquant les transferts de données, la chaîne de possession des données, les renseignements sensibles des enfants et les hypertrucages (des imitations de personnes réelles générées par l’IA). Un groupe de travail sur l’IA a mené à l’automne un « sprint » de consultation de 30 jours pour aider à renouveler la stratégie canadienne en IA, et le ministre a dit que des milliers de personnes avaient rempli le questionnaire public. Cette semaine, ni ce projet de loi ni la stratégie renouvelée n’ont encore été déposés ou publiés.

Ce qui existe au fédéral, c’est un Code de conduite volontaire pour les entreprises qui développent et gèrent des systèmes d’IA générative avancés, annoncé en septembre 2023. Il donne aux entreprises canadiennes un ensemble commun de normes qu’elles peuvent choisir d’adopter, et une façon de montrer qu’elles développent et utilisent l’IA générative de façon responsable. Il est volontaire par conception, pour combler le vide en attendant une réglementation officielle.

## Québec : les règles les plus concrètes au pays

La Loi 25 du Québec (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels), adoptée en septembre 2021 et entrée en vigueur par étapes de 2022 à 2024, a modernisé la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels pour les entreprises et les organismes publics. Ce n’est pas une loi sur l’IA, mais plusieurs de ses dispositions s’appliquent directement aux systèmes d’IA qui utilisent des renseignements personnels. Voici un exemple concret de son application à des décisions ordinaires d’entreprise.

| Situation dans une entreprise québécoise | Disposition de la Loi 25 qui s’applique |
|---|---|
| Le système d’un prêteur en ligne accorde ou refuse des prêts sans intervention humaine | La personne doit être informée que la décision a été prise au moyen d’un traitement automatisé et, à sa demande, recevoir les renseignements utilisés et les principaux facteurs; elle peut demander qu’un membre du personnel révise la décision (art. 12.1) |
| Un magasin utilise un logiciel qui établit le profil des préférences ou du comportement des clients | Les clients doivent être informés à l’avance qu’une telle technologie est utilisée (art. 8.1) |
| L’entreprise envoie des données de clients à un service d’IA hébergé à l’extérieur du Québec | Une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée est exigée avant la communication des données (art. 17) |
| Un nouvel outil d’IA est intégré à un système qui traite des renseignements personnels | Une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée est exigée pour le projet (art. 3.3) |

Les amendes pénales pour les entreprises peuvent atteindre 25 millions de dollars ou 4 % du chiffre d’affaires mondial, selon le montant le plus élevé. La Commission d’accès à l’information, l’organisme québécois de surveillance en matière de vie privée, veille à l’application de la loi.

> **À essayer :** choisissez un outil d’IA utilisé dans votre milieu de travail. Notez trois faits : quels renseignements personnels y entrent, où le fournisseur traite ces données, et si une décision sur une personne est prise sans intervention humaine. Ces trois réponses montrent quelles règles ci-dessus risquent de compter.

## Quelles règles s’appliquent aux entreprises aujourd’hui?

En bref : les lois que vous aviez déjà. Une entreprise qui utilise l’IA au Canada doit respecter les lois sur la protection des renseignements personnels, fédérales ou provinciales selon l’endroit et la façon dont elle exerce ses activités, ainsi que les lois sur la protection du consommateur, les droits de la personne et le travail, qui s’appliquent quel que soit l’outil qui a produit une décision. Ces lois regardent ce qui a été fait aux personnes, pas l’outil qui l’a fait.

Au Québec, les obligations sont plus précises, comme le montre le tableau : transparence sur les décisions automatisées et le profilage, évaluations des facteurs relatifs à la vie privée avant d’envoyer des renseignements personnels ailleurs, et un responsable de la protection des renseignements personnels. Ailleurs au Canada, les entreprises font face à moins de règles détaillées propres à l’IA, mais aux mêmes principes généraux : ne recueillir que ce dont vous avez besoin, dire ce que vous en faites et le protéger.

Au-delà de la loi, le code volontaire offre une liste de vérification toute prête pour les entreprises qui construisent de l’IA générative. Et comme le gouvernement fédéral a annoncé une nouvelle loi sur la protection des renseignements personnels, il est sage de documenter dès maintenant quels outils d’IA vous utilisez, quelles données ils touchent et qui en est responsable.

Ceci est de l’information générale, pas un avis juridique. Pour une situation précise, un avocat ou les lignes directrices du commissaire à la protection de la vie privée concerné sont la bonne prochaine étape.

## Sources

- Evan Solomon teases new AI laws as experts warn Canada is behind international peers: https://betakit.com/evan-solomon-teases-new-ai-laws-as-experts-warn-canada-is-behind-international-peers/
- Artificial Intelligence and Data Act: https://ised-isde.canada.ca/site/innovation-better-canada/en/artificial-intelligence-and-data-act
- Bill 64 (2021, chapter 25): An Act to modernize legislative provisions as regards the protection of personal information: https://www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/fileadmin/Fichiers_client/lois_et_reglements/LoisAnnuelles/en/2021/2021C25A.PDF
