# Comment fonctionnent les contrôles américains à l’exportation des puces d’IA?

Date: 2026-10-15 · Author: Robert Scales · https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/controles-exportation-puces-ia/

**Answer:** Le département du Commerce des États-Unis exige une licence pour exporter des puces au-delà de certaines limites de performance vers la Chine et d’autres pays, et il a réécrit ces règles plusieurs fois depuis octobre 2022. Depuis janvier 2026, les puces du niveau de la H200 de Nvidia peuvent obtenir un examen au cas par cas pour la Chine sous des conditions strictes, alors que les restrictions de Pékin gardent les ventes réelles à un faible niveau.

Un contrôle à l’exportation est une règle gouvernementale selon laquelle certains biens ne peuvent quitter le pays, ou aller à certains endroits ou à certaines personnes, sans autorisation. Pour les puces d’IA, c’est le Bureau of Industry and Security (BIS), rattaché au département du Commerce des États-Unis, qui fixe les règles. Elles peuvent aussi viser les réexportations depuis d’autres pays et les acheteurs dont la société mère se trouve dans un pays visé.

Le but déclaré est la sécurité nationale : limiter la puissance de calcul accessible aux pays préoccupants pour des usages militaires et d’autres usages sensibles. Des critiques, et Nvidia dans ses rapports, soutiennent que ces règles donnent aussi des affaires à des concurrents étrangers et poussent des rivaux à bâtir leurs propres solutions.

## Comment une puce est classée

Le BIS n’interdit pas les puces par leur nom. Il fixe des limites techniques, de sorte que les nouvelles puces soient visées automatiquement. La première version, publiée en octobre 2022, combinait deux critères : la vitesse à laquelle une puce peut envoyer des données à d’autres puces, et sa puissance de traitement.

Le second critère est une mesure appelée performance totale de traitement (TPP, pour *total processing performance*). En gros, c’est le nombre d’opérations par seconde, en milliers de milliards, multiplié par la taille de chaque nombre en bits. Voici un exemple avec les limites de 2022 et une puce fictive :

| Question | Puce fictive | Limite de 2022 |
|---|---|---|
| Vitesse de traitement | 1 000 milliers de milliards d’opérations par seconde sur des nombres de 8 bits | |
| TPP | 1 000 × 8 = 8 000 | 4 800 ou plus |
| Débit entre puces | 700 Go par seconde | 600 Go par seconde ou plus |
| Résultat | Licence requise pour les destinations visées | |

Les fabricants ont réagi en créant des versions juste sous la limite, et les autorités en déplaçant la limite. Le plus récent rapport de Nvidia indique que les règles actuelles pour la Chine tiennent compte de la performance totale de traitement, de la densité de performance (la puissance selon la taille de la puce), de la bande passante d’interconnexion et de la bande passante de mémoire. Il ajoute que l’entreprise ne peut pas offrir actuellement un produit concurrentiel pour les centres de données partout en Chine avec l’approbation des deux gouvernements.

## Les règles jusqu’ici

| Date | Ce qui a changé |
|---|---|
| Octobre 2022 | Premières limites du BIS sur les puces de calcul avancées destinées à la Chine |
| Octobre 2023 | Exigences élargies à d’autres pays du Moyen-Orient et d’Asie, et aux entreprises dont le siège est dans un pays visé |
| Janvier 2025 | La règle sur la diffusion de l’IA (*AI Diffusion*) propose un système mondial de licences avec trois catégories de pays |
| Avril 2025 | Nvidia apprend qu’il lui faut une licence pour sa puce H20 et inscrit une charge de 4,5 milliards $ US |
| Mai 2025 | Le Commerce annonce qu’il annulera la règle sur la diffusion, et qu’une autre la remplacera |
| 8 décembre 2025 | Le président Trump dit que la H200 et des puces semblables pourront aller à des clients approuvés en Chine |
| Janvier 2026 | Le BIS fait passer ces puces d’une présomption de refus à un examen au cas par cas, et un tarif de 25 % s’applique à certaines puces avancées |
| Dès février 2026 | Les États-Unis accordent des licences pour de petites quantités de H200 |

Le rapport d’août 2026 de Nvidia indique que la règle de remplacement n’est pas encore parue, et que sa portée et son échéancier restent incertains.

## La règle sur la H200 en détail

Une « présomption de refus » signifie qu’on s’attend à ce que la demande soit rejetée. « Au cas par cas » signifie qu’elle est évaluée selon ses mérites. Selon [la règle de janvier 2026](https://public-inspection.federalregister.gov/2026-00789.pdf), ce nouveau traitement vise les puces dont la TPP est inférieure à 21 000 et la bande passante totale de mémoire, inférieure à 6 500 Go par seconde, comme la H200 de Nvidia et la MI325X d’AMD. Le demandeur doit notamment attester que :

- l’offre aux États-Unis suffit pour que les commandes américaines ne soient pas retardées;
- la capacité des fonderies n’est pas détournée de puces semblables ou meilleures destinées aux utilisateurs américains;
- les exportations combinées vers la Chine et Macao ne dépassent pas 50 % de ce que les clients américains ont reçu;
- l’acheteur filtre ses clients pour empêcher un accès à distance non autorisé;
- chaque envoi passe d’abord par un laboratoire d’essai indépendant aux États-Unis.

Comme les puces doivent passer par les États-Unis pour y être inspectées, Nvidia dit qu’elles sont soumises au tarif de 25 % à leur entrée au pays, et qu’elle n’a pas réussi à refiler ce coût à ses clients.

## L’autre gouvernement dans la pièce

La licence n’est que la moitié de la vente. Le rapport de Nvidia indique que les restrictions du gouvernement chinois ont limité ses ventes de H20 et de H200. Elle a inscrit une charge de 0,4 milliard $ US pour la H200 au premier semestre de l’exercice 2027, n’a fait qu’une fraction des livraisons permises, et ces livraisons ont représenté moins de 1 % de ses revenus de centres de données au dernier trimestre. Sa prévision pour le trimestre en cours ne compte aucun revenu de calcul pour centres de données en Chine.

Cela nous mène au cœur du débat. Les partisans de contrôles serrés soutiennent qu’ils ralentissent l’accès de la Chine aux systèmes les plus puissants. Le BIS a défendu l’assouplissement pour la H200 en disant que des ventes sous conditions renforcent la base technologique américaine. Les sceptiques notent que la Chine développe ses propres puces, dont l’Ascend de Huawei, et que DeepSeek [a dit avoir entraîné un modèle performant sur 2 048 puces H800](/fr/apprendre/deepseek-ebranle-nvidia-et-la-bourse/), une puce Nvidia aux capacités réduites qu’elle pouvait encore acheter sous les limites précédentes. Les deux peuvent être vrais : limiter le calcul augmente les coûts et ralentit la croissance, et cela pousse aussi un grand pays à contourner l’obstacle. Le Congrès est actif lui aussi : le Sénat a adopté la loi GAIN AI dans un projet de loi sur la défense en octobre 2025, et le rapport de Nvidia la cite parmi les sources possibles de nouvelles restrictions.

> **À essayer :** choisissez une puce et trouvez sa vitesse publiée et sa largeur en bits. Multipliez-les comme dans le tableau plus haut et comparez le résultat à la limite de 21 000. Voyez votre réponse comme une estimation, car le calcul officiel comprend des détails techniques que cette version simple laisse de côté.

## Ces règles touchent-elles l’achat de puces ou de capacité de calcul au Canada?

Pas directement, pour la plupart des organisations canadiennes aujourd’hui. La description par Nvidia des règles actuelles par pays porte sur la Chine et sur des groupes de pays qui comprennent notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Vietnam. Quand la règle de 2025 sur la diffusion a tenté de classer le monde entier, [son texte](https://www.federalregister.gov/documents/2025/01/15/2025-00636/framework-for-artificial-intelligence-diffusion) plaçait le Canada sur la courte liste des destinations favorisées, avec l’Australie, le Japon, le Royaume-Uni et d’autres, mais cette règle a été annulée.

Trois effets indirects demeurent. Une filiale canadienne d’une entreprise dont le siège est dans un pays visé peut subir les mêmes limites que sa société mère. Revendre ou louer de la capacité de calcul à des parties visées peut soulever des questions de conformité : les fournisseurs de nuage devraient obtenir un avis juridique. Et l’accès du Canada repose sur une politique américaine qui a souvent changé. La règle de remplacement n’est toujours pas parue, ce qui explique en partie pourquoi Ottawa parle de [calcul souverain](/fr/apprendre/puces-calcul-ia-souveraine-canada/), même si les puces d’un centre de données canadien sont le plus souvent de conception américaine. Cet article donne de l’information générale et non un avis juridique.

## Sources

- Revision to License Review Policy for Advanced Computing Commodities: https://public-inspection.federalregister.gov/2026-00789.pdf
- NVIDIA Form 10-Q, quarter ended July 26, 2026: https://www.sec.gov/Archives/edgar/data/0001045810/000104581026000075/nvda-20260726.htm
- Implementation of Additional Export Controls: Certain Advanced Computing and Semiconductor Manufacturing Items: https://www.federalregister.gov/documents/2022/10/13/2022-21658/implementation-of-additional-export-controls-certain-advanced-computing-and-semiconductor

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Tiré du Guide de l’intelligence artificielle, par Robert Scales, publié par Holistic Hybrid inc. Partage et adaptation permis selon la licence CC BY-NC-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/) : citez le guide, mettez un lien vers https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/controles-exportation-puces-ia/, pas d’usage commercial sans permission, et gardez la même licence.
