# Léonard de Vinci a-t-il vraiment conçu un chevalier robot?

Date: 2019-02-25 · Author: Robert Scales · https://guidetoartificialintelligence.com/fr/apprendre/chevalier-mecanique-de-leonard-de-vinci/

**Answer:** Oui. Les carnets de Léonard de Vinci contiennent des plans fragmentaires d’une figure mécanique en armure, généralement datés d’environ 1495, qui pouvait se redresser, bouger les bras et ouvrir sa visière grâce à des poulies, des câbles et des engrenages. On ne sait pas avec certitude si Léonard l’a réellement construite et montrée de son vivant.

Parmi les milliers de pages que Léonard de Vinci a remplies de notes et de dessins figurent des esquisses d’une figure en armure qui bouge d’elle-même. Les chercheurs modernes l’appellent le chevalier mécanique de Léonard, ou le robot de Léonard. Reconstitué à partir de dessins épars d’engrenages, de poulies et de câbles, il semble décrire un chevalier capable de se redresser, de lever et d’abaisser les bras et de relever sa visière.

Il ne reste rien du chevalier, sauf ces dessins et les modèles qu’on a construits à partir d’eux. Il est malgré tout devenu l’un des exemples anciens les plus connus de machine à forme humaine.

## Quand et où il a été conçu

Léonard a passé une longue partie de sa carrière à Milan, au service de son souverain, Ludovic Sforza. Les spécialistes datent généralement le chevalier d’environ 1495, pendant ces années milanaises. L’histoire selon laquelle Léonard aurait présenté la machine achevée lors d’une fête à la cour de Sforza est souvent répétée, mais elle repose sur la tradition plutôt que sur un document solide. La chercheuse Anne Pasek, qui a écrit sur le chevalier en 2014, le dit avec prudence : on soupçonne que le chevalier a été construit en 1495 sous le mécénat de Sforza.

Les plans sont dispersés dans les carnets de Léonard, en particulier dans le grand recueil de ses papiers connu sous le nom de Codex Atlanticus. On n’a reconnu en eux les parties d’une seule machine humanoïde que dans les années 1950, quand des spécialistes ont commencé à étudier ce que montraient réellement certains dessins techniques.

## Qui l’a remis en lumière

Deux noms ressortent de l’histoire moderne. Carlo Pedretti, grand spécialiste de Léonard, a étudié les dessins et aidé à déterminer leur fonction. Mark Elling Rosheim, roboticien, a travaillé avec Pedretti pour reconstituer la machine, en combinant les esquisses qui ont survécu et son propre jugement d’ingénieur pour combler les lacunes. Pedretti l’a qualifié de « premier robot humanoïde articulé de l’histoire de la civilisation occidentale ».

Ce mot, « reconstituer », est important. Léonard n’a pas laissé de plan complet. Chaque modèle fonctionnel suppose des choix sur la façon dont les fragments s’assemblent, si bien que différents constructeurs ont produit des chevaliers quelque peu différents.

## Comment le chevalier devait fonctionner

Le chevalier est essentiellement une marionnette dont les fils sont à l’intérieur. D’après la reconstitution que décrit Pasek :

| Partie | Comment elle bouge |
|---|---|
| Enveloppe extérieure | Une armure de style germano-italien cache la machinerie. |
| Bras et poignets | Une vis sans fin (une vis qui fait tourner une roue dentée) et un tambour rotatif muni de cames (des bosses profilées), logés dans la poitrine, actionnent les bras, avec quatre degrés de liberté. |
| Jambes | Une manivelle extérieure et un système de câbles font bouger les jambes, avec trois degrés de liberté. |
| Tête | La visière peut s’ouvrir et se fermer. |
| Coordination | Les parties sont reliées pour bouger ensemble en un seul mouvement fluide plutôt que séparément. |

Un « degré de liberté » est une façon indépendante dont une articulation peut bouger, comme plier un coude ou tourner un poignet. On décrit souvent les bras robotisés modernes par le nombre de degrés de liberté qu’ils ont.

Pasek décrit un effet spectaculaire : une fois actionné, le chevalier se serait redressé tout en refermant les bras devant sa poitrine, une étreinte qui aurait bien pu faire sursauter les invités de Sforza.

> **À essayer :** trouvez une lampe de bureau à bras articulés, ou une pince de cuisine, et comptez ses degrés de liberté : chaque façon distincte dont elle peut plier ou tourner. Comptez ensuite ceux de votre propre bras, de l’épaule aux doigts. L’écart montre pourquoi il est difficile de construire des machines semblables à l’humain.

## Pourquoi il compte pour l’IA en 2019

Le chevalier de Léonard n’est pas de l’intelligence artificielle. Il ne pouvait ni voir, ni décider, ni apprendre. Sa valeur est ailleurs.

D’abord, il traite le corps humain comme une chose qu’on peut étudier à la manière d’une machine. Les dessins de muscles et d’articulations de Léonard et ses dessins d’engrenages et de poulies viennent de la même curiosité. Cette habitude de comparer les corps et les machines se prolonge directement jusqu’à la robotique d’aujourd’hui.

Ensuite, le tambour rotatif à cames est une façon de stocker une suite de mouvements dans une pièce physique. Pasek parle d’un programmateur analogique. Changez la forme des cames et vous changez le mouvement. C’est la même idée de base que dans les tambours à chevilles des automates plus anciens et dans les boîtes à musique, et un ancêtre de l’idée de programme.

Enfin, il nous rappelle combien d’intelligence il faut simplement pour bouger comme une personne. En 2019, des robots font des saltos arrière dans des vidéos de démonstration, mais des tâches de tous les jours comme plier le linge ou marcher sur un terrain accidenté restent des problèmes de recherche difficiles. Léonard travaillait sur la partie la plus facile du casse-tête, la mécanique, et même cela demandait du génie.

## Le chevalier mécanique a-t-il déjà été construit, et fonctionne-t-il?

Aucun chevalier original n’a jamais été retrouvé, et aucun document de l’époque de Léonard ne prouve qu’il ait été achevé. Le mieux qu’on puisse dire, c’est que les dessins montrent une conception sérieuse et détaillée, et que Léonard avait le talent et le mécène nécessaires pour le construire.

De nos jours, plusieurs personnes en ont construit des versions qui fonctionnent. La reconstitution de Rosheim avec Pedretti a montré que la conception pouvait bouger comme prévu, et en 2007, le centre de recherche Leonardo3, à Milan, a construit un autre modèle. Des modèles fondés sur cette conception sont aussi exposés dans des musées, dont un à Berlin qui laisse voir ses mécanismes internes.

Ces modèles prouvent que le mécanisme peut fonctionner, pas que la version de Léonard fonctionnait. Pour un débutant, cette distinction est une habitude utile à apporter dans toute discussion sur la technologie, ancienne ou nouvelle : séparer ce qu’une conception pourrait faire de ce qui a réellement été construit et a fait ses preuves.

## Sources

- Renaissance Robotics: Leonardo da Vinci's Lost Knight and Enlivened Materiality: https://web.archive.org/web/20170516184230/http://shiftjournal.org/wp-content/uploads/2014/11/01_Pasek.pdf
- Leonardo's robot: https://web.archive.org/web/20190130083804/https://en.wikipedia.org/wiki/Leonardo%27s_robot
